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Toute l'année
Tisanes de saison : tilleul, camomille et compagnie
Le tilleul des avenues en juin, la camomille de l'été, la verveine de l'arrière-saison : chaque plante a son moment et son goût. Voici comment les choisir, les préparer et les boire, sans leur prêter plus qu'elles ne peuvent tenir.
Le tilleul, l'odeur de juin
Il y a une semaine, vers la fin juin, où les avenues de Paris sentent le miel. Les tilleuls d'alignement fleurissent, les trottoirs se couvrent d'une fine poussière jaune, et le soir, en rentrant à pied, on marche dans un parfum qui n'appartient qu'à ce moment de l'année. Le tilleul des avenues sous la chaleur de juin annonce aussi les premières nuits chaudes.
Ce qu'on infuse, ce sont les fleurs avec leur bractée, cette languette vert pâle qui sert d'aile au petit bouquet. Autrefois, on les cueillait dans les cours et les jardins publics ; aujourd'hui l'essentiel vient de vergers spécialisés, dont ceux des Baronnies, dans la Drôme, qui en ont fait leur emblème. Bien séché, le tilleul garde une couleur blond-vert et un goût doux, légèrement mielleux, qui se marie volontiers avec un zeste d'orange ou une pointe de menthe.
Camomille et mélisse, les deux voisines du jardin
La camomille qu'on boit le plus souvent en France est la matricaire, une petite marguerite au cœur jaune bombé, très parfumée, qui pousse au bord des champs au début de l'été. Sa cousine, la camomille romaine, a des fleurs plus doubles et une amertume plus marquée. L'infusion de matricaire a un goût de pomme et de foin, rond, un peu amer en fin de bouche si on la laisse trop longtemps.

La mélisse, elle, se reconnaît les yeux fermés : on froisse une feuille et l'odeur de citron monte aussitôt. C'est une plante vivace de la famille de la menthe, facile à cultiver en pot sur un rebord de fenêtre, qui repousse chaque printemps. Fraîche, elle parfume une salade de fruits ou une carafe d'eau ; séchée, elle donne une infusion légère et citronnée, à boire nature.

Verveine et fleur d'oranger
Le mot « verveine » recouvre deux plantes. La verveine officinale, discrète, aux minuscules fleurs mauves, a un goût végétal et peu parfumé. Celle qu'on sert le plus souvent au café est la verveine odorante, un arbuste venu d'Amérique du Sud, aux feuilles longues et très aromatiques, qu'on récolte de l'été jusqu'aux premiers froids. Son parfum citronné, plus net que celui de la mélisse, en fait la tisane de l'arrière-saison.
La fleur d'oranger vient du bigaradier, l'oranger amer. On la connaît surtout sous forme d'eau florale, dans les pâtisseries et le lait chaud des enfants. Quelques fleurs séchées dans un mélange de tilleul, ou une cuillère à café d'eau de fleur d'oranger dans une tasse d'eau chaude, suffisent à parfumer toute une soirée.
Préparer une infusion sans la gâcher
Une infusion réussie tient à trois choses : la quantité, la température et le temps. Pour une grande tasse d'environ 25 cl, comptez en général une cuillère à soupe de fleurs ou de feuilles sèches, un peu moins pour les plantes très aromatiques comme la verveine odorante. L'eau doit être frémissante, pas à gros bouillons : versée trop chaude, elle écrase les parfums délicats.
Couvrez la tasse ou la théière pendant 5 à 10 minutes. Le couvercle retient les arômes qui, sinon, partent avec la vapeur. Filtrez ensuite, sans presser les fleurs, qui libéreraient leur amertume. Une eau peu calcaire donne une tisane plus limpide ; si celle du robinet laisse des traces blanches dans la bouilloire, une carafe filtrante fait une différence nette.

Côté achat, le vrac de qualité se reconnaît à l'œil : des fleurs entières, des couleurs franches, une odeur nette à l'ouverture du sachet. Une herboristerie ou un rayon de plantes sèches bien tenu vend au poids et indique en général l'origine et l'année de récolte. Conservées à l'abri de la lumière, dans un bocal fermé, les plantes gardent leur parfum environ un an ; au-delà, elles virent au brun et ne sentent plus grand-chose.
Ce que la réglementation permet d'en dire
La tradition prête aux tisanes du soir toutes sortes de vertus, et chaque famille a sa recette transmise par une grand-mère. La réglementation européenne, elle, est nette : à ce jour, aucune allégation de santé n'est autorisée pour le tilleul, la camomille, la mélisse, la verveine, la fleur d'oranger, la valériane ou la passiflore. Les demandes déposées pour les plantes sont toujours « en attente » d'évaluation, depuis de longues années. On peut donc parler du goût, de la saison, du rituel, du plaisir d'une tasse chaude entre les mains, mais de rien d'autre.
Pour savoir quelles mentions sont effectivement admises autour de l'endormissement, et à quelles conditions, la page sur ce qui est vraiment reconnu en matière de nuits fait le point, formule par formule.
Boire tôt, pour ne pas se relever
Une tisane reste un grand verre d'eau. Bue à 22 h 30, juste avant d'éteindre, elle a toutes les chances de vous tirer du lit vers 3 heures du matin. Mieux vaut la prendre à la fin du dîner ou dans l'heure qui suit, et réduire la quantité si les réveils nocturnes pour aller aux toilettes sont fréquents.

C'est aussi une affaire de rythme. La tasse de tilleul après le repas, la lampe baissée, le livre ouvert : ce petit cérémonial marque la fin de la journée, et c'est souvent lui qu'on attend avec plaisir. Si, malgré ces habitudes, les nuits restent mauvaises semaine après semaine, ce n'est plus une affaire de tisane, et le plus raisonnable est d'en discuter avec son médecin traitant.
Repères généraux, pas un avis médical. Ce carnet ne remplace ni une consultation ni l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien. Si les nuits restent difficiles plusieurs semaines de suite, quelle que soit la saison, parlez-en à votre médecin.